Au téléphone…suite
Hier, je vous racontais donc le début de mon aventure dans le monde merveilleux de la téléprospection.
On arrive donc à mon premier jour, enfin le jour où j’ai signé mon contrat et eu ma formation.
Le contrat, basique 4 pages pour raconter qu’on a le droit de t’écouter, de te surveiller, que tu feras allégeance à ton chef, que tu pourras aller bosser n’importe où ailleurs (c’est pas précisé France/étranger d’ailleurs), bref, le contrat type et typique des grosses sociétés et moins grosses. On va pas s’étaler là-dessus c’est pas le sujet.
On nous distribue nos badges. Ouais parce qu’il faut badger pour entrer, badger pour prendre l’escalier, l’ascenseur, ouvrir la porte des toilettes, un peu comme à la world company. On arrive enfin sur le plateau… que dis-je. Le plateau en gros c’est une partie d’une grande grande grande pièce où est disposé un nombre variable de bureaux séparés par une petite cloison histoire qu’on puisse téléphoner dans le calme relatif. En gros, l’espace vital du téléprospecteur pendant 35 heures (ou moins) se résume à 1,5m² où se trouve un écran d’ordinateur, un téléphone, et un clavier, t’as quand même le droit à un siège de bureau. Par contre, ça ne te viendrait même pas à l’esprit d’amener la photo de ton mec, de ton chien ou de ton gamin pour mettre un petit coté humain à l’espace. En fait, je ne sais même pas si c’était autorisé.
Présentation des lieux, enfin des lieux, juste de la dizaine de places qui nous attendent, les autres, c’est les autres, on ne va pas vous présenter qui ils sont où ce qu’ils font… On comprend de suite pourquoi on est là. On nous explique donc la hiérarchie du groupe que nous formons, et de ce qu’il y a au dessus. Alors tout en bas, les téléprospecteurs dont j’ai fait partie, juste au dessus, le superviseur, encore au dessus, un assistant et son chef. Jusque là, c’est simple. Et après on nous expose le « corporate » en gros ça se résume à nanananana notre entreprise est la meilleure nananana on va exploser tous les scores nananana…. je vous laisse imaginer la suite.
On enchaine donc sur la formation, avec les traditionnels « les produits sont les meilleurs », « vous aurez des primes » . Alors en téléprospection, on a une trame, en gros on suit un cheminement pour qu’à la fin la personne nous dise: « oui, oui, oui je le veux votre super produit ».
Donc, on passe nos premiers appels, on est hésitant, on a la trouille de se faire virer quand même. Même si on sait qu’on partira plus ou moins rapidement, on est jeune, naïf et/ou à la dèche. Heureusement, le superviseur est là. En fait, moi j’en avais deux. Des fois ils étaient seuls, des fois ensemble. Ils étaient plutôt cool, la seule différence avec nous, c’est qu’ils avaient plus de six mois de boite. En fait, à chaque fois qu’on pensait valider une vente, on faisait signe au superviseur, pour que lui valide vraiment notre vente, la reporte sur un petit tableau qui montrait si oui ou non on était dans les scores visés pour l’heure (oui heure, vous avez bien lu).
Un de mes superviseurs était super, nous encourageait, nous comprenait quand on avait des scrupules à vendre un produit miracle qui n’en était pas un. L’autre superviseur était un super vendeur. Il aurait vendu n’importe quoi à n’importe qui. Ce superviseur adorait nous arracher le téléphone des mains pour conclure nos ventes, et bien sûr, il ne nous les validait pas.
Je passais donc une bonne partie de mes journées à vendre du vent à des gens qui n’avaient rien demandé. C’est super sympa n’est-ce-pas? Du coup, je commençais à sérieusement péter un câble. A chaque pause cigarette + café, on entendait qu’un de l’équipe 5 avait pété un plomb et était parti en plein milieu d’une séance, qu’une de l’équipe 17 avait éclaté en sanglot en plein milieu d’une vente etc… Là, je me suis dit qu’il fallait que s’arrête en rentrant chez moi, parce que moi aussi je commençais à péter mon câble (sauf que je ne le faisais pas sur le plateau). Et il y avait le bruit. Un brouhaha ambiant insupportable, qui me filait des migraines. Quand je rentrais chez moi, je m’enfermais dans le noir, dans le silence, et j’attendais que ça passe.
Les horaires, en plus vous déconnecte de toute vie sociale. Et oui, quand les gens sont chez eux, c’est en général à l’heure des repas ou le samedi. Et C’est super sympa de bosser sur ces horaires. Tu ne manges jamais aux heures normales, tu as des coupures de folie du style tu finis à 14h et tu reprends à 16h00. Tu rentres chez toi, tu fais réchauffer la boite de ravioli, tu bois un café et tu repars. Le soir, tu rentres tard, très tard. Et du coup, tu vois jamais le début du film, t’as la flemme de te faire à manger, et tes potes sont tous au ciné, tu sais la séance de 20h, celle que tu ne pourras jamais aller voir…
Au bout de quelques jours, on m’a gentillement envoyé à la relance. Ouep, j’arrivais malgré mes scrupules à vendre, je me demande encore si c’est la voix déprimée qui faisait pitié en fait! Alors la relance, c’est assez simple, il faut rappeler les gens qui avait promis d’acheter le produit pour qu’ils l’achètent vraiment. C’est un peu une promotion de passer à la relance dans le télémarketing (ou télé-marketing, je ne me rappelle jamais comment ça s’écrit). Ça a été encore plus dur pour moi de supporter ça. Selon moi, ça frôle le harcèlement, le mensonge (par omission). En plus, on se retrouve un peu exclu du reste du plateau, des « copains » qu’on s’est fait avant. On est plus une dizaine mais 4 ou 5 suivant les jours. Et on n’a plus de superviseur, donc nos ventes ne sont pas validées…
J’ai su au bout de quelques jours, que je n’aurais donc jamais de primes, même si j’avais bien vendu. Et oui, je n’avais pas fait le mois complet en vente, mais une partie de ce mois en relance.
Là, j’ai eu les boules. Vraiment. Des fois, l’argent diminue les scrupules. Mais là, je n’aurais même pas les quelques euros en plus histoire de mettre du baume au cœur.
Alors j’ai pris une grande décision. Je me suis calée sur mon pc. J’ai écrit une belle lettre de démission, je l’ai imprimée en quatre exemplaires, je l’ai signé et j’ai fait une distribution. J’ai commencé par mon superviseur sympa, qui m’a félicité et souhaité bonne chance, je suis ensuite allée voir l’assistant. L’assistant, est « blonde », dénuée de notions de droit, mais il sourit et comprend rien, alors il a refusé ma démission. Je suis donc allée voir la personne qui incarne le chef, qui elle aussi à refuser ma démission. Le truc, c’est que cette personne avait oublié qu’elle avait reconduit notre période d’essai, et que donc, je pouvais encore me barrer sans rien lui devoir, je lui ai fait écrire qu’elle était d’accord sur le 4ème exemplaire.
Et je ne suis pas partie m’assoir dans les 1,5m² qui n’était plus mon espace vital, je suis rentrée me reposer parce que le lendemain, je bossais ailleurs…
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C’est triste, tout ça… Ça confirme ce que je devinais de la téléprospection. Et c’est courageux de ta part d’avoir démissionné.
Y’a peu de gens qui font passer leurs principes avant le côté alimentaire du boulot.
Bravo. Courage.
La téléprospection, ce n’est pas comme ça dans toutes les boites. Le courage on peut le trouver quand on se rend compte que ça n’ira jamais et la jeunesse a aidé aussi faut dire.
Bravo. Et coîncidence, mon avant-dernière note a un rapport avec la tienne.
A part ça, j’ai publié un nouveau défi !
Vu
En cours de confection en plus!